Face à une chienne infertile, le praticien doit effectuer un examen clinique complet. L’anamnèse doit inclure tous les traitements administrés. C’est seulement lorsque les causes infectieuses et organiques sont éliminées que des examens hormonaux peuvent être réalisés.

(…) lors du dernier congrès de la CNVSPA* de Lille (…), Karine Onclin a rappelé les trois types d’infertilité rencontrés lors de troubles hormonaux:

  • Chiennes infertiles mais présentant des cycles et un comportement sexuel normaux
  • Chiennes infertiles présentant des cycles anormaux : anoestrus prolongé, impubérisme, interoestrus trop court, durée anormale d’une des phases du cycle, chaleurs silencieuses …;
  • Chiennes infertiles présentant des problèmes, soit lors de la saillie, soit lors de la gestation : résorptions embryonnaires précoces, hypolutéinisme.

(…) Il faut d’abord faire un bilan d’anamnèse complet en reprenant les dates de tous les cycles, les éventuels troubles du comportement lors de la première saillie, l’expérience de la chienne à ce premier accouplement, noter tous les signes de maladies, les résultats d’examens déjà effectués. Tous les traitements sont importants à connaître (…). L’historique du chenil doit être connu pour savoir s’il existe seulement un problème individuel ou un problème d’élevage (hygiène, alimentation).

Profil sanguin et endocrinologie

Après avoir réalisé un examen clinique complet pour éliminer des causes organiques ou infectieuses, le vétérinaire doit pratiquer des examens complémentaires s’il suspecte une origine hormonale à l’infertilité de la chienne.

Un profil sanguin complet permet de rechercher une insuffisance rénale ou hépatique, un diabète sucré et de suspecter un cushing. Des tests endocrinologiques peuvent être effectués si besoin est pour mettre en évidence une hypothyroïdie. Le dosage de la progestérone (y penser quand les intervalles interoestrus sont inférieurs à 4 mois) est souvent intéressant alors que le dosage ponctuel des oestrogènes (pour chercher un hyperoestrogénisme) est tout à fait décevant en raison de la variabilité des résultats et des taux de référence.
Un test de stimulation à la GnRH/LH ou à la FSH peut alors être pratiqué et la cinétique de sécrétion correctement interprétée. (…)
Le dosage de la progestérone permet de détecter, surtout s’il est associé aux frottis vaginaux, le moment de fertilité maximum d’une chienne.
Le dosage doit être pratiqué en moyenne tous les deux jours chez une chienne en chaleurs, à partir de la fin de son pro-oestrus : la progestéronémie est de + ou – 2 ng/ml au moment du pic de LH, de + ou – 5 ng/ml au moment de l’ovulation (24 à 48 heures après le pic) et la concentration est comprise entre + ou – 8 et 15 ng/ml dans la période de fécondité de l’animal.
«Le vétérinaire ne doit pas arrêter le suivi de la progestérone quand les valeurs sont entre 2 et 4 ng/ml car certaines chiennes restent plusieurs jours à ce stade. Le suivi peut s’interrompre lorsque les valeurs dépassent 7 ng/ml ». (…).

Combiner frottis et dosages hormonaux

Ces deux cas sont des sources d’échec fréquents avec cette seule technique de suivi. En effet, le problème des frottis est qu’ils ne rendent compte que de l’imprégnation oestrogénique et ne détectent pas l’ovulation. (…)

Il existe des phases de pro-oestrus qui durent 20 jours, des phases d’oestrus de 20 jours également, alors que certaines chiennes vont présenter des phases très courtes, de l’ordre de 2 à 3 jours ». il ne faut pas oublier que la chienne ovule des ovocytes primaires (non fécondables). Après un délai de maturation de 24 à 48 heures, ces ovocytes se transforment en ovocytes fécondables. (…)

Risques de masculinisation

Si l’éleveur n’obtient pas de gestation sur deux cycles alors qu’il fait correctement suivre sa chienne, il faut rechercher d’autres causes. Les avortements par résorption existent chez beaucoup de chiennes sans qu’il y ait pour autant un problème réel de fertilité (…). L’échographie apporte une aide précieuse dans le diagnostic de ces résorptions.

Les hypolutéinismes sont certainement moins nombreux que les femelles supplémentées en acétate de mégestrol pour cette raison !» (…).
Il ne faut prescrire ce complément hormonal que si l’on est sûr du diagnostic car la molécule peut entraîner des risques de masculinisation des chiots femelles et de cryptorchidie chez les chiots mâles (..).

* CNVSPA : Conférence Nationale des Vétérinaires Spécialisés en Petits Animaux.

Source : a Dépêche vétérinaire n°273, du 20 avril au 26 avril 2002.